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1986 : L'AN I DE L'EXISTENCE

1986 : L'AN I DE L'EXISTENCE

Etudes polymathiques, philosophiques, historiques, moniques.


Parler, et Laisser Parler

Publié le 2 Novembre 2025, 16:44pm

Catégories : #Créations, #Editorial

 

Publié le 07/12/2017 sur thomasradoube

 

Parler, et laisser parler.
« L’état est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement, et voici le mensonge qui s'échappe de sa bouche : Moi, l’état, je suis le peuple. »
Ainsi parlait Zarathoustra. Peut-être était-il breton avant l'heure, le prophète perse qui, mille ans avant l'avènement de la grande foi, avait déjà compris le jacobinisme. C'était un visionnaire, dont les multiples enseignements ont traversé les siècles, les millénaires, pour parvenir jusqu'à nous sans prendre une ride, en inspirant au passage, un certain Nietzsche, un certain Strauss. Un visionnaire qui avait compris l’état, et qui avait aussi compris l'homme.
« Il est difficile de vivre avec l'homme, car il est difficile de se taire. »
Ainsi parlait Zarathoustra. Aussi. Et ce n'est pas tout. N'est-ce pas ici un précepte Ô combien proche de notre réalité, en Bretagne, et plus particulièrement dans le militantisme ?
Il est tellement difficile de s'entendre, et d'avancer, lorsqu'on n'entend pas ce que l'autre souhaite dire. Et c'est bien par la faute de cet adage que le bât blesse. Et c'est ainsi que le plus froid de nos monstres froids gagnera la guerre. Aujourd'hui, plus que jamais, c'est d'unité que nous avons besoin. D'unité, certes, mais aussi d'ouverture d'esprit, d'ouverture à l'autre, et d'écoute. C'est de sa diversité que naît la force d'un peuple et d'une nation, de sa capacité à prendre en compte des points de vues aussi variés que contraires les uns aux autres.
« L'homme doit être surpassé. » Ainsi parlait Zarathoustra. Encore. Parce que l'homme seul ne peut rien face au monstre froid qu'est le Grand Jacobin d'à côté. Malgré toute la bonne volonté qu'un individuel, ou qu'un groupe uniforme et homogène, peut mettre à l'ouvrage, le succès ne pourra jamais être au rendez vous. Tout simplement parce que la machine ennemie est rodée à la tâche et est, elle, hétérogène et hétéroclite. La machine aura toujours réponse contre tous les arguments d'un groupe figé et immobile. La voie du succès est donc toute autre. La voie du succès, c'est le multilinguisme. Il faut que toutes les langues se délient.
Dans notre parcours militant, nous avons tous un jour ou l'autre rencontré un énergumène avec lequel le courant n'est pas passé. Mais alors pas du tout. Au point, parfois, de vouloir en venir aux mots, voire aux mains pour en découdre avec ce pisse-vinaigre aux idées moites qui ne pense pas comme nous. Moi le premier, ai eu mon lot d'anicroches, de joutes verbales et de claquages de portes. Mais j'avais tort. Je n'ai jamais prétendu avoir bien fait.
Si nous sommes cent mille militants bretons, il faut s'attendre à avoir cent mille opinions et voix différentes. On peut être membre d'un parti ou d'une association politique, adhérer aux grandes lignes de sa doctrine, sans pour autant devoir appuyer ou soutenir chaque gramme de véhémence, chaque lettre de chaque article ou de chaque proposition. Cela ne fait pas pour autant de nous des traîtres à notre formation.
D'aucuns ont tendance à l'oublier souvent. Pourtant, c'est bien la valeur première que nous tous voulons défendre : la Liberté. La Liberté, ce n'est pas seulement une revendication à l'égard du grand monstre froid. La Liberté, c'est avant tout un combat interne, un besoin sacré dans les rangs de nos forces vives.
Pour évoluer, il faut que chaque militant puisse se sentir libre. Libre d'exprimer ses propres idées, libre de véhiculer son message. Tant que cette base ne sera pas acquise, nous ne pourrons prétendre à gagner contre l’oppresseur. Je le comprends aujourd'hui, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Dans le milieu de l'entreprise, on parle d'intelligence émotionnelle, pour mesurer le potentiel d'un groupe de travail. Les sociétés qui misent sur ce concept ont de plus grandes chances de réussite que les autres, car elles arrivent à faire une force unie d'un ensemble de forces individuelles, parfois contraires les unes aux autres.
C'est précisément ce dont la Bretagne à besoin aujourd'hui : d'une intelligence émotionnelle forte, unie et convaincante. Et pour y parvenir, c'est à chacun de nous d'y mettre du sien. Il ne s'agit aucunement d'oublier nos valeurs personnelles, nos engagements politiques, nos connaissances ou compétences diverses.
Absolument pas, bien au contraire. Ce qu'il nous faut, c'est conjuguer ces forces personnelles avec celles des autres. Ce qu'il nous faut, c'est écouter ce que le militant de l'obédience d'en face a à dire. Et après l'avoir écouté, il nous faut essayer de faire la part des choses, de trouver un compromis avec ses idées personnelles.
« Jamais encore la vérité ne s'est accrochée au bras d'un intransigeant. »
Ainsi parlait Zarathoustra. Toujours. Il n'y a pas de vérité unique en politique. Personne n'a raison, personne n'a tort, et jamais aucun candidat isolé n'a fait l'unanimité. Dans aucun peuple, sur aucune planète. L'extrémisme n'est pas que salafiste ou fasciste (ou anti-fasciste). L'extrémisme, c'est une notion beaucoup plus commune à la vie de tous les jours. L'extrémisme, c'est le refus de l'autre, et de ses idées.
Dire « j'ai raison, tu as tort », c'est le début de l'extrémisme. Et tant que nous serons, tous autant que nous sommes, des adeptes de l'extrémisme, nous ne pourrons aller plus loin. Il est temps de nous affranchir, de nous ouvrir et d'accepter que jamais les bretons ne s'entendront sur la couleur du cidre, alors, sur les valeurs politiques...
Têtus nous sommes, dit-on. Déterminés, dirais-je. Mais notre détermination ne devrait pas être une arme de destruction massive destinée à saborder nos forces vives. Notre détermination ne devrait servir qu'un seul dessein. Celui que nous voulons tous.
« Méfiez vous de ceux en qui l'instinct de punir est puissant. »
Ainsi parlait Zarathoustra. A nouveau. Et ici, c'est une réflexion à double tranchant. Certes, l'instinct de punir est puissant dans le cœur du grand monstre froid. Mais ça, tout le monde le sait, tout le monde l'a acquis et vit avec. Toutefois, n'oublions pas ceux pour qui, dans nos rangs, cet instinct est également puissant.
Personne n'a besoin de gourou ni de maître à penser, et encore moins de tyran. Bien sûr, à notre échelle, la punition n'est pas la même que lorsqu'elle émane des forces jacobines, mais il n'y a pas de petite répression. La punition, ce n'est pas seulement le tir de flash-ball dans les jambes ou la détention préventive.
La punition, c'est aussi l'exclusion quand on se permet de penser différemment que la majorité.
Et tant qu'il y aura punition, il n'y aura pas d'unité ni de continuité dans le combat.
« Je ne vous conseille pas le travail, mais la lutte. Je ne vous conseille pas la paix, mais la victoire. Que votre travail soit lutte, et que votre paix soit victoire. »
Ainsi parlait Zarathoustra. Pour conclure. La lutte est encore longue, pour parvenir à la victoire. Mais avant de rêver à une quelconque victoire, nous devons mener un travail de longue haleine pour gagner la paix interne dont nous avons tant besoin. Certains peuples, certaines nations de part le monde l'ont compris depuis longtemps. C'est ainsi que de tout petits états parviennent encore aujourd'hui à demeurer indépendant ou même à gagner ce sésame de liberté recherché : grâce à l'unité. L'union fait la force, ce n'est pas une nouveauté. Mais qu'est-ce qui fait l'union ?
Parler, et laisser parler.
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