Aujourd'hui, tous les prétendus militants bretons (qui ont d'ailleurs relégué leur militantisme au second plan derrière une autre casquette incontournable altermondialiste, anticapitaliste ou antispéciste) fustigent à juste titre l'ère nouvelle jacobine d'un Paris de plus en plus oppressant et contraignant. Mais n'est-ce pas là un paradoxe ? La philosophie moderne nous a montré que l'humanité n'est faite que de paradoxes, mais ils atteignent ici un paroxysme unique et hypocrite.
Je reviens du Kazakhstan, pays qui a évolué de 30 ans en à peine 3 ans. Mais pourtant, personne n'a tourné le dos aux traditions centenaires, voire millénaires. Il en est de même en Ukraine, qui est certes toutefois beaucoup plus ancré dans le passé. Au Kazakhstan, qui avait la 4G avant Paris, qui s'est équipé des technologies les plus modernes dans ses transports et ses infrastructures médicales, entre autres, les peuples (à noter que l'état reconnaît juridiquement une trentaine de nationalités sur son territoire) ont embrassé l'avenir tout en restant fidèles à leurs traditions, qui restent présentent sinon au quotidien, au moins pendant les grandes occasions.
Et par tradition, il n'est pas question que de religion. Le Kazakhstan est un état laïc mais les fêtes religieuses ont tout de même gardé un sens traditionnel. Ainsi, le nouvel an (Nauryz, en mars), l'Ait Mubarak (fin du ramadan)... sont célébrés par la population entière, même si les pratiquants se font de plus en plus rares. Et ces fêtes sont célébrées dans leur esprit traditionnel d'origine.
Qu'en est il en Bretagne, que ses militants revendiquent chrétienne lorsque le dangereux spectre du croissant plane à l'horizon, mais qu'ils revendiquent païenne dès qu'un prêtre est filmé en train de mettre une gifle à un gamin. C'est «au besoin, en fonction des circonstances». Encore un paradoxe, encore de l'hypocrisie.
A quoi bon se battre pour garder des jours fériés religieux qui n'ont aucune valeur traditionnelle ? De quelle façon les bretons célèbrent-ils Pâques par exemple ? Se rendent-ils, comme tous les ukrainiens, à l'église, toute la nuit, pour attendre que le prêtre sorte et bénissent dans un panier ce qui représente les récoltes d'une année ? Bien sur que oui. Puisqu'ils revendiquent leur héritage chrétien.
De quelle façon les bretons célèbrent-ils Noël ? Se rendent-ils à l'église pour une messe de circonstance, puis partagent-ils le repas avec des plus nécessiteux ? Bien sur que oui. Puisqu'ils revendiquent leur héritage chrétien. A noter qu'au Kazakhstan, Noël n'existe tout simplement pas. Il n'y a pas d'effervescence injustifiée.
En revanche, chacune des fêtes qui tient sa place dans leur calendrier traditionnel est respectée, et chacun peut justifier de son explication, de son origine.
De plus, combien de prétendus militants bretons portent un habit traditionnel au quotidien, ou, tout du moins, lors des occasions, comme les jours fériés, les fêtes, les célébrations ? Pour ma part, j'en connais trois. Peut-être quatre. Les autres ne parlent d'ailleurs pas «d'habit traditionnel», mais «de costume breton», reléguant tout de suite l'objet au rang d'outil folklorique. Ils le disent eux mêmes, et ensuite accusent les jacobins de tous les maux.
Au Kazakhstan, comme en Ukraine, il est très fréquent, au quotidien, de voir hommes et femmes porter un habit traditionnel, plus ou moins apprêté et sophistiqué, selon les occasions. Lors des fêtes, célébrations et fériés, tout le monde se met sur son trente-et-un, en revêtant ses traditions, et ce, dès le plus jeune âge. Les journées d'entrées et de sorties d'école (qui sont souvent des jours fériés), sont l'occasion pour les enfants de s'habiller traditionnellement. Et ils le font sans que ce ne soit obligatoire ! En Ukraine, nombre d'adultes se rendent au travail quotidiennement avec des chemises, chemisiers ou t-shirts (modernes) reprenant les symboles traditionnels dans leur design. Et le plus incroyable : c'est naturel et personne n'émet de réserves.
En Bretagne, même les prétendus militants critiquent les rares «cas sociaux» qui oseraient porter un «costume breton» au quotidien, ou même lors de fêtes.
D'aucuns diront que le costume coûte trop cher. Et c'est vrai. Au Kazakhstan, un habit traditionnel ne coûte pas plus cher qu'un jean ou une chemise ordinaire. J'ai d'ailleurs chez moi en Bretagne, des tenues traditionnelles kazakhes et ukrainiennes, mais n'ai pas d'habit traditionnel breton, aucun...
Parce qu'après être tombé dans l'oubli, l'habit traditionnel breton est tombé en telle désuétude qu'il est désormais devenu un objet rare et d'apparat : un objet folklorique.